Cyber Games 2026 : le Bénin monte sur le podium mondial à Marrakech

Du 19 au 21 mai 2026, Marrakech a accueilli la deuxième édition des Cyber Games & Digital Security Challenge. Parmi les 160 spécialistes sélectionnés sur près de 400 candidats venus de 50 pays à travers le monde, une délégation béninoise composée d’experts du Centre national d’investigations numériques (CNIN) et du bjCSIRT (l’équipe gouvernementale de réponse aux incidents de sécurité informatique du Bénin) a terminé sur le podium.

C’est un résultat qui mérite qu’on s’y attarde, pas pour la fierté nationale de façade, mais parce qu’il dit quelque chose de concret sur ce que le Bénin a construit ces dernières années dans le domaine de la cybersécurité, discrètement, méthodiquement, souvent sans en faire beaucoup de bruit.

Ce que sont les Cyber Games, et pourquoi Marrakech est symbolique

Les Cyber Games & Digital Security Challenge ne sont pas un hackathon de développeurs. C’est une compétition professionnelle organisée conjointement par le Bureau du programme de lutte contre la cybercriminalité du Conseil de l’Europe et la Direction de la cybercriminalité d’Interpol, avec pour édition 2026 la contribution de la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN) et de la Direction générale de la sécurité des systèmes d’information (DGSSI) du Maroc.

Pas d’étudiants, mais des experts

Les participants ne sont pas des étudiants en informatique. Les 160 participants présélectionnés parmi près de 400 candidats étaient des représentants des forces de l’ordre et des spécialistes en cybersécurité, regroupés en 16 équipes internationales mixtes réunissant policiers, experts en forensique numérique et professionnels de la cybersécurité.

Les épreuves couvraient six scénarios d’investigation :

  • ransomware ;
  • traçage de cryptomonnaies ;
  • renseignement en sources ouvertes (OSINT) ;
  • forensique numérique ;
  • saisie d’actifs ;
  • construction de dossiers judiciaires de l’élément de preuve à la poursuite.

Tous ces scénarios s’appuient sur la Convention de Budapest sur la cybercriminalité et son Deuxième Protocole additionnel.

Une compétition pure pratique

Ce n’est pas un exercice théorique. C’est un entraînement grandeur nature aux scénarios que les enquêteurs rencontrent dans leur travail réel, avec la contrainte du temps et la pression d’équipes de haut niveau venues des quatre coins du monde.

Pour la première fois, la compétition était organisée sur le continent africain, en reconnaissance du fort engagement des pays africains dans la lutte mondiale contre la cybercriminalité et de l’importance croissante de la coopération internationale dans toutes les régions du monde. La première édition s’était tenue en Malaisie en 2025. Que la deuxième ait lieu au Maroc n’est pas un hasard géographique : c’est un signal politique adressé à l’Afrique.

Au classement final, le Kazakhstan a remporté la compétition avec une victoire nette par une équipe. Cette dernière est composée de trois représentants du département de lutte contre la cybercriminalité du ministère de l’Intérieur. Une performance saluée par les organisateurs.

Le Bénin, lui, a décroché une place sur le podium. Dans une compétition où les 160 participants ont été présélectionnés parmi 400 candidats du monde entier, finir dans les trois premiers est une performance qui dépasse largement le cadre régional.

Qui représentait le Bénin ?

Deux institutions béninoises étaient en compétition à Marrakech : le CNIN et le bjCSIRT.

Le CNIN

Le Centre national d’investigations numériques a été créé en novembre 2023 lors d’un Conseil des ministres. Il reprend les attributions de l’ancien Office central de répression de la cybercriminalité (OCRC) avec des missions élargies, absorbant partiellement celles de l’Agence des systèmes d’information et du numérique (ASIN) liées à la lutte contre la cybercriminalité.

Concrètement, le CNIN fonctionne comme un centre de service forensique mis à disposition de toutes les unités d’investigation du pays (police, gendarmerie, douane, administration fiscale). Quand une enquête touche au numérique, le CNIN intervient.

Le bjCSIRT

Le Benin Computer Security Incident Response Team est l’équipe gouvernementale de réponse aux incidents de sécurité informatique du Bénin. Hébergé dans le pôle numérique de l’ASIN, il comprend également un département PKI (infrastructure à clés publiques), un centre de compétences avec son Cyberange, et d’autres services qui forment un écosystème de sécurité numérique cohérent.

Ensemble, ces deux structures représentent le cœur opérationnel de la cybersécurité béninoise. Ce n’est pas une délégation constituée pour l’occasion ; ce sont des équipes qui travaillent sur des incidents réels, tous les jours.

Ce que le Bénin a construit ces dernières années

La performance de Marrakech n’arrive pas par hasard. Elle s’inscrit dans une stratégie nationale de sécurité numérique qui a commencé à prendre forme au début des années 2020 sous l’impulsion de l’ASIN et de son directeur Ouanilo Medegan FAGLA.

Parmi les pièces de cet édifice, une initiative mérite d’être mentionnée : le HackerLab Bénin. Inscrit dans l’axe 4 de la stratégie nationale de sécurité numérique béninoise, le HackerLab est une compétition nationale de type « Capture the Flag » organisée par l’ASIN pour identifier et recruter des talents en cybersécurité. Les meilleurs rejoignent ensuite le bjCSIRT, le Laboratoire d’investigations numériques ou le secteur privé.

C’est une chaîne vertueuse. La compétition nationale sert de vivier de recrutement, les talents identifiés rejoignent les équipes opérationnelles, ces équipes montent en compétences sur des incidents réels, et elles représentent ensuite le pays à l’international. La performance de Marrakech est en partie le produit de plusieurs éditions du HackerLab.

L’édition 2024 du HackerLab s’est tenue du 4 au 6 septembre au Palais des Congrès de Cotonou. Elle a réuni des spécialistes et enthousiastes béninois de la cybersécurité sur une gamme de défis couvrant les principaux domaines de la sécurité numérique. À l’issue de la finale, les dix meilleurs participants ont été primés, et certains ont rejoint les équipes opérationnelles.

Le contexte africain : une région de plus en plus ciblée

Comprendre ce que représente cette performance exige de regarder le contexte dans lequel elle s’inscrit.

L’Afrique est devenue une cible de choix pour les cybercriminels. La croissance rapide de la bancarisation mobile, l’expansion des services numériques gouvernementaux, et parfois des infrastructures de sécurité moins matures qu’en Europe ou en Asie en font un terrain fertile. Les attaques par ransomware contre des institutions publiques africaines se multiplient. Les escroqueries téléphoniques et en ligne touchent des millions de personnes. Les cryptomonnaies sont utilisées pour blanchir des fonds à travers des frontières où la coopération judiciaire était jusqu’ici limitée.

Virgil Spiridon, Chef du Bureau des Programmes sur la cybercriminalité du Conseil de l’Europe, a souligné lors de l’édition 2026 que les cybercriminels exploitent de plus en plus les communications cryptées, les monnaies virtuelles et les modèles de « crime-as-a-service » pour mener des attaques par ransomware et des opérations hybrides contre des infrastructures critiques.

Dans ce contexte, avoir des équipes nationales capables de répondre à des incidents sophistiqués, de retracer des flux de cryptomonnaies, de construire des dossiers forensiques recevables en justice, et de coopérer avec des homologues étrangers, c’est un avantage stratégique concret pour la souveraineté numérique d’un pays.

Le Bénin n’est pas seul dans cette dynamique. Les participants aux Cyber Games 2026 venaient d’Afrique, d’Amérique, d’Asie, d’Europe et du Moyen-Orient. Cela témoigne de l’intérêt mondial croissant pour cet événement et de sa pertinence dans toutes les régions du monde. Mais parmi les pays africains présents, une place sur le podium distingue clairement le Bénin.

La Convention de Budapest et ce qu’elle change pour l’Afrique

Un des axes centraux des Cyber Games 2026 est la mise en pratique de la Convention de Budapest sur la cybercriminalité et de son Deuxième Protocole additionnel. Cette convention est le principal traité international en matière de lutte contre la cybercriminalité.

Ce protocole, entré en vigueur en 2023, facilite concrètement la coopération internationale. C’est-à-dire l’accès plus rapide aux données stockées dans d’autres pays, les canaux sécurisés de partage d’informations entre autorités, les procédures harmonisées pour les demandes d’entraide judiciaire.

En clair, le protocole permet aux enquêteurs de différents pays de travailler ensemble sur des affaires transfrontalières sans passer par des procédures diplomatiques longues et fastidieuses.

Pour les pays africains, adhérer à ce cadre et maîtriser ses outils n’est pas seulement une question de prestige international. C’est une nécessité opérationnelle dans un contexte où la cybercriminalité ne connaît pas de frontières et où les fonds volés peuvent transiter par une douzaine de juridictions avant d’être blanchis.

Le fait que des équipes béninoises maîtrisent ces outils et les utilisent en compétition face à des équipes européennes, asiatiques et moyen-orientales dit quelque chose d’important sur le niveau atteint.

Ce que ce résultat ne règle pas

Il serait honnête de ne pas s’arrêter à la célébration.

Une place sur le podium à Marrakech est une reconnaissance des capacités techniques et opérationnelles d’une équipe. Ce n’est pas la garantie que le Bénin est à l’abri des cybermenaces, ni que ses infrastructures numériques sont pleinement sécurisées. Les équipes qui participent à ces compétitions sont les meilleures de leurs institutions, elles ne représentent pas forcément le niveau moyen des capacités nationales.

Les enjeux qui restent ouverts sont nombreux. Le recrutement et la rétention des talents en cybersécurité, dans un contexte où le secteur privé et les organisations internationales offrent des rémunérations que l’administration publique peine à aligner. Le financement continu des équipements et des formations, dans un budget national contraint. La capacité à étendre ces compétences au-delà des équipes spécialisées vers l’ensemble des administrations et des entreprises béninoises.

Ce que Marrakech valide, c’est une direction et une méthode. La HackerLab, le bjCSIRT, le CNIN, la stratégie nationale de sécurité numérique, tout cela forme un écosystème qui produit des résultats mesurables. Continuer à investir dans cette direction est la conclusion logique.

Questions fréquentes (FAQ)

Qu’est-ce que les Cyber Games & Digital Security Challenge ?

C’est une compétition internationale professionnelle organisée par le Bureau du programme de lutte contre la cybercriminalité du Conseil de l’Europe et la Direction de la cybercriminalité d’Interpol. Elle réunit des spécialistes des forces de l’ordre et de la cybersécurité du monde entier sur des exercices pratiques : ransomware, traçage de cryptomonnaies, forensique numérique, OSINT, construction de dossiers judiciaires. La deuxième édition s’est tenue à Marrakech du 19 au 21 mai 2026, première fois sur le continent africain.

Qu’est-ce que le CNIN Bénin ?

Le Centre national d’investigations numériques (CNIN) est une structure créée en novembre 2023 pour centraliser les investigations numériques au profit de toutes les unités d’enquête béninoises. Il reprend et élargit les missions de l’ancien Office central de répression de la cybercriminalité (OCRC).

Qu’est-ce que le bjCSIRT ?

Le bjCSIRT (Benin Computer Security Incident Response Team) est l’équipe gouvernementale de réponse aux incidents de sécurité informatique du Bénin, hébergée au sein de l’Agence des systèmes d’information et du numérique (ASIN). Elle est chargée de détecter, analyser et répondre aux incidents de cybersécurité affectant les systèmes d’information de l’État béninois.

Qui a gagné les Cyber Games 2026 à Marrakech ?

Le Kazakhstan a remporté la compétition avec une équipe de trois représentants du département de lutte contre la cybercriminalité du ministère de l’Intérieur. Le Bénin a décroché une place sur le podium, parmi les trois meilleures équipes de la compétition.

Qu’est-ce que le HackerLab Bénin ?

Le HackerLab est une compétition nationale de cybersécurité de type « Capture the Flag » organisée par l’ASIN au Bénin. Inscrit dans la stratégie nationale de sécurité numérique, il sert à identifier et recruter des talents en cybersécurité pour les équipes gouvernementales (bjCSIRT, Laboratoire d’investigations numériques) et le secteur privé. L’édition 2024 s’est tenue du 4 au 6 septembre au Palais des Congrès de Cotonou.

La Convention de Budapest s’applique-t-elle au Bénin ?

Le Bénin fait partie des pays africains qui collaborent avec le Conseil de l’Europe dans le cadre des programmes de lutte contre la cybercriminalité (GLACY-e, CyberSouth+). La Convention de Budapest et son Deuxième Protocole additionnel constituent le cadre juridique international sur lequel s’appuient les épreuves des Cyber Games.

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