Safaricom : troisième départ de cadre en cinq mois, la vague continue

Safaricom traverse une période agitée. En cinq mois, trois de ses cadres supérieurs ont claqué la porte. Le dernier en date : Esther Waititu, la directrice des services financiers, qui quittera l’entreprise le 31 juillet. Ce départ s’ajoute à ceux de Sitoyo Lopokoiyit, ex-patron de M-PESA Afrique, et de Michael Mutiga, directeur du développement commercial et de la stratégie, qui rejoint Stanbic Bank Kenya.

Ces départs successifs interrogent. S’agit-il d’une simple coïncidence, ou le géant des télécommunications traverse-t-il une zone de turbulences ? L’entreprise est pourtant en pleine transformation. Elle étend M-PESA à l’épargne, au crédit et aux investissements, tout en modernisant son infrastructure technique. Pourtant, les départs se multiplient, et chacun touche à des postes stratégiques.

Pour comprendre ces mouvements, il faut examiner les circonstances de chaque départ. Mais surtout, il faut s’interroger sur ce que ces changements disent de l’avenir de Safaricom. Le géant kényan, qui compte plus de 37 millions d’utilisateurs M-PESA, est-il en train de perdre ses talents les plus précieux ? Ou prépare-t-il simplement une nouvelle phase de son développement ?

Esther Waititu, un passage marqué par la refonte de M-PESA

Une arrivée en 2023 dans un contexte stratégique

Esther Waititu a rejoint Safaricom en 2023, après plus de dix ans passés dans le secteur bancaire. Elle avait notamment occupé le poste de directeur des services bancaires aux entreprises du groupe KCB, l’une des plus grandes banques de la région. Avant cela, elle avait exercé plusieurs fonctions chez Standard Bank, un autre poids lourd du secteur financier kényan.

Son recrutement par Safaricom n’était pas anodin. L’entreprise cherchait à renforcer ses compétences financières pour accompagner la montée en puissance de M-PESA, qui ne se contentait plus d’être un simple service de paiement. L’enjeu était de taille : transformer la plateforme en un écosystème financier complet, capable de proposer de l’épargne, du crédit et des investissements.

Une mission accomplie : la refonte de Fintech 2.0

Durant son mandat, Waititu a supervisé l’un des projets les plus ambitieux de Safaricom : la refonte de l’infrastructure de M-PESA, baptisée Fintech 2.0. Cette modernisation, achevée en septembre 2025, a permis à M-PESA de passer à une architecture native du cloud, capable de traiter 6 000 transactions par seconde dès son lancement. Un bond en avant significatif par rapport à l’ancien système, qui approchait de sa limite de 4 500 transactions par seconde.

Cette mise à niveau a également facilité le lancement de nouveaux services et la connexion des banques et des fintechs à M-PESA. Autrement dit, elle a ouvert la voie à la diversification des services financiers que Safaricom souhaitait proposer à ses utilisateurs.

Un départ qui soulève des questions

Pourquoi Waititu quitte-t-elle Safaricom alors qu’elle a mené à bien ce chantier stratégique ? Le courriel interne de Peter Ndegwa, le PDG, évoque de « nouvelles opportunités ». Une formule classique, qui ne révèle rien des motivations réelles du départ. Certains observateurs y voient une usure après un projet intense. D’autres évoquent des tensions internes ou des divergences stratégiques.

Une chose est sûre : son départ est un coup dur pour Safaricom. Waititu était la cheville ouvrière de la transformation financière de l’entreprise. Son expérience bancaire et sa connaissance du marché kényan étaient des atouts précieux. La trouver et la remplacer ne sera pas chose aisée.

La vague de départs : une coïncidence ou un signal ?

Sitoyo Lopokoiyit, le départ de M-PESA Africa

Fin mars, Sitoyo Lopokoiyit a démissionné de son poste de directeur général de M-PESA Afrique. Il était en charge de la stratégie d’expansion du service de paiement mobile à travers le continent, un rôle crucial dans les ambitions panafricaines de Safaricom.

Son départ a été ressenti comme un choc. Lopokoiyit était l’un des visages de l’internationalisation de M-PESA, notamment au niveau des projets de paiements transfrontaliers au sein de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). Sans lui, la stratégie africaine de Safaricom pourrait ralentir.

Michael Mutiga, le départ vers une banque concurrente

Plus récemment, Michael Mutiga, directeur du développement commercial et de la stratégie, a annoncé qu’il prendrait la direction générale de Stanbic Bank Kenya et Soudan du Sud à compter du 1er août. Un départ vers un concurrent direct, ce qui a une saveur particulière.

Mutiga était responsable de la diversification des activités de Safaricom au-delà des télécommunications. Il a joué un rôle clé dans le développement des partenariats avec les banques et les fintechs. Le voir rejoindre une banque concurrente est un signal qui ne passe pas inaperçu.

Un schéma qui se répète

Trois départs en cinq mois, à des postes stratégiques : voilà qui interpelle. Certes, les mouvements de cadres supérieurs sont courants dans les grandes entreprises. Mais leur concentration sur une courte période, et dans des fonctions liées aux services financiers, suggère des tensions plus profondes.

Certains y voient une conséquence de la pression exercée par la transformation numérique. D’autres évoquent des différends sur la stratégie ou la gouvernance. Une chose est sûre : Safaricom devra communiquer clairement sur ces départs pour rassurer ses partenaires et ses investisseurs.

Safaricom, une entreprise en pleine transformation

M-PESA, des paiements aux investissements

La stratégie de Safaricom est claire : faire de M-PESA bien plus qu’un simple outil de paiement. En février 2026, l’entreprise a lancé Ziidi Trader, un service qui permet d’acheter et de vendre des actions cotées à la Bourse de Nairobi. Une étape symbolique dans la transformation de M-PESA en plateforme d’investissement.

Ce produit s’ajoute à une gamme déjà large : épargne, crédit, paiements transfrontaliers. Safaricom veut devenir le partenaire financier unique de ses utilisateurs, en leur offrant une gamme complète de services. Une ambition qui nécessite des compétences financières solides, et qui explique pourquoi le départ de Waititu est une perte.

Les défis à relever pour le prochain directeur

Boniface Mungania, actuel directeur de la transformation numérique du secteur public, assurera l’intérim. Un profil technique, mais qui devra rapidement monter en compétences sur les aspects financiers. Safaricom devra également trouver un successeur permanent, idéalement un profil bancaire confirmé.

Le prochain titulaire devra piloter la suite de la diversification de M-PESA, tout en maintenant la confiance des partenaires et des utilisateurs. Une mission délicate, dans un contexte de concurrence accrue avec les fintechs et les banques.

Conclusion

La vague de départs chez Safaricom est un signal d’alarme. Trois cadres supérieurs en cinq mois, c’est plus qu’une simple coïncidence. C’est le signe que l’entreprise traverse une période de turbulences, à un moment crucial de sa transformation.

Safaricom doit maintenant réagir vite. Elle doit non seulement trouver des remplaçants de qualité, mais aussi rassurer ses partenaires, ses investisseurs et ses employés. Car sa crédibilité est en jeu. Et dans un secteur aussi concurrentiel que la finance numérique, la confiance est un capital qui se gagne et se perd vite.

Les départs de Waititu, Lopokoiyit et Mutiga ne sont peut-être que des accidents de parcours. Mais ils pourraient aussi annoncer des difficultés plus profondes. L’avenir nous le dira.

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