Le Bénin se lance dans la numérisation massive de ses archives

Des montagnes de papier, des dossiers qui s’empilent, des archives qui prennent la poussière. Dans les administrations béninoises, la réalité est encore souvent celle du document physique. Chaque demande, chaque autorisation, chaque procédure génère des kilomètres de paperasse. Et les citoyens, eux, attendent parfois des semaines pour voir leur dossier avancer.

Cette époque est en train de s’achever. Le vendredi 24 juillet, une circulaire signée par Rodrigue S. CHAOU, ministre délégué chargé du Budget et de la Fonction publique, en collaboration avec le ministère chargé de la Transformation digitale et de l’Innovation, a ouvert la voie à une réforme ambitieuse. Objectif : généraliser la dématérialisation des archives et des procédures administratives.

Cette annonce s’inscrit dans une dynamique plus large. Dix jours plus tôt, M. Chaou représentait le Bénin au 17ᵉ Forum ministériel panafricain du CAFRAD à Rabat, consacré à la réforme des administrations publiques. Le Bénin rejoint ainsi un mouvement encore rare sur le continent, qui ne se contente pas de numériser les nouvelles procédures, mais s’attaque aux archives existantes.

Une réforme aux multiples objectifs

Réduire les coûts de fonctionnement

L’un des premiers bénéfices attendus est financier. L’impression, le stockage et la conservation des documents physiques représentent un coût considérable pour l’État. Papier, encre, classeurs, armoires, locaux de stockage, personnel dédié : la facture s’accumule. En passant au numérique, le Bénin espère réduire ces dépenses de manière significative.

Aucun montant d’économies attendu n’a été communiqué à ce stade. Mais l’expérience d’autres pays montre que la numérisation peut générer des gains substantiels. Moins de papier, moins d’espace de stockage, moins de déplacements pour les agents et les usagers : les économies sont multiples.

Raccourcir les délais de traitement

Autre avantage majeur : la réduction des délais. Dans un système papier, un dossier circule de bureau en bureau, parfois pendant des semaines. Il peut être égaré, oublié, classé au mauvais endroit. Le numérique permet un suivi en temps réel, une circulation instantanée et un traitement plus rapide.

Pour les citoyens, c’est une amélioration concrète du service public. Moins d’attente, moins de déplacements, moins de stress. Pour les agents, c’est un gain d’efficacité et une réduction des tâches répétitives.

Réduire l’empreinte environnementale

La troisième ambition est environnementale. L’administration produit des tonnes de papier chaque année. La fabrication, le transport et le recyclage de ces documents ont un impact écologique. En les remplaçant par des fichiers numériques, le Bénin réduit son empreinte carbone.

Cette dimension est d’autant plus importante que le pays s’est engagé dans une stratégie de développement durable. La numérisation des archives s’inscrit dans cet objectif, en contribuant à une administration plus sobre et plus respectueuse de l’environnement.

Le contexte : une décision qui mûrit

Une participation au Forum du CAFRAD

La circulaire du 24 juillet intervient dix jours après la participation du Bénin au 17ᵉ Forum ministériel panafricain du CAFRAD, à Rabat. Cet événement, consacré à la réforme des administrations publiques africaines, a permis d’échanger sur les bonnes pratiques et les expériences des différents pays.

Cette participation n’est pas anecdotique. Elle montre que le Bénin s’inspire des modèles qui fonctionnent ailleurs et cherche à adapter les solutions à son propre contexte. Le CAFRAD, basé au Maroc, est un centre de référence pour la formation et la recherche administratives en Afrique.

Une continuité avec la stratégie numérique

La numérisation des archives s’inscrit dans la continuité de la stratégie numérique du Bénin. Depuis plusieurs années, le pays investit dans la transformation digitale de l’État : portails de services en ligne, paiement électronique, dématérialisation des procédures. Les archives physiques étaient le dernier maillon à convertir.

Cette approche progressive a fait ses preuves. Elle permet de tester les solutions, de former les agents et d’ajuster les dispositifs en fonction des retours d’expérience. La circulaire du 24 juillet 2026 marque le passage à une nouvelle phase, plus ambitieuse.

Ce que la circulaire ne dit pas encore

Un calendrier de déploiement à préciser

La circulaire annonce une réforme, mais ne donne pas de calendrier précis. Quand les premières administrations seront-elles concernées ? Quel sera le rythme de déploiement ? Ces questions restent ouvertes.

C’est compréhensible : la numérisation des archives est un chantier complexe, qui nécessite du temps pour être préparé. Il faut inventorier les fonds, évaluer leur volume, définir des priorités, former les agents, choisir des solutions techniques. La prudence est de mise.

Un périmètre encore flou

La circulaire ne précise pas non plus le périmètre des administrations concernées en premier. Toutes les entités seront-elles concernées d’emblée, ou y aura-t-il une approche progressive ? La réponse dépendra probablement des ressources disponibles et des priorités définies par le gouvernement.

Certains services, comme les douanes ou le cadastre, pourraient être prioritaires en raison du volume de leurs archives. D’autres, comme les services sociaux ou la santé, pourraient suivre dans un second temps. Une chose est sûre : le chantier est immense.

Une tendance encore rare en Afrique

Le Rwanda, modèle en la matière

Le Bénin rejoint un mouvement encore rare sur le continent. Peu de pays s’attaquent directement à la numérisation des archives physiques existantes. La plupart se contentent de dématérialiser les nouvelles procédures, sans toucher aux fonds historiques.

Le Rwanda fait figure de pionnier. Son initiative « Digital Archive Rwanda » vise la numérisation complète des archives nationales d’ici 2030. Un projet ambitieux, qui pourrait servir de référence pour d’autres pays.

Des initiatives plus ciblées ailleurs

D’autres pays ont mené des initiatives plus ponctuelles. Madagascar, la Centrafrique, la Gambie et la Mauritanie ont numérisé certains fonds documentaires historiques. Mais aucune n’a engagé un programme aussi large que celui du Rwanda.

Le Bénin se positionne donc comme un acteur important dans ce domaine. Son approche, qui combine réduction des coûts, amélioration des délais et objectif environnemental, pourrait inspirer d’autres pays de la région.

Les défis à relever pour une numérisation réussie

Le volume des archives physiques

Le premier défi est quantitatif. Les administrations béninoises ont accumulé des décennies de documents : dossiers, registres, actes, correspondances. Leur numérisation représente un travail colossal, qui nécessite des moyens humains et techniques importants.

Il faut scanner, indexer, classer, sécuriser ces documents. Chaque étape demande du temps et de l’expertise. Le recours à des prestataires extérieurs pourrait être envisagé, mais à un coût élevé.

La conservation des documents originaux

La numérisation ne signifie pas la destruction systématique des originaux. Certains documents, comme les actes d’état civil ou les titres de propriété, doivent être conservés physiquement pour des raisons légales. La question de leur préservation à long terme se pose donc.

Le Bénin devra définir une politique claire sur ce point. Quels documents conserver, combien de temps, dans quelles conditions ? Les réponses à ces questions sont essentielles pour la réussite de la réforme.

La sécurisation des données numériques

Enfin, la dématérialisation pose la question de la sécurité des données. Les archives numériques sont vulnérables aux cyberattaques, aux pannes techniques et aux erreurs humaines. Le Bénin devra investir dans des systèmes de sauvegarde et de protection robustes.

La confidentialité des données est également un enjeu. Les archives contiennent des informations personnelles sensibles. Leur accès doit être strictement contrôlé, conformément à la législation sur la protection des données.

Conclusion

La circulaire du 24 juillet marque une étape décisive dans la transformation numérique de l’administration béninoise. En annonçant la généralisation de la dématérialisation des archives, le gouvernement s’attaque à un chantier de grande envergure.

Les bénéfices attendus sont nombreux : réduction des coûts, raccourcissement des délais, amélioration du service public, réduction de l’empreinte environnementale. Mais les défis sont tout aussi importants : volume des archives, conservation des originaux, sécurisation des données.

Le Bénin rejoint un mouvement encore rare sur le continent. En s’inspirant des modèles qui fonctionnent ailleurs, notamment celui du Rwanda, il espère mener à bien cette réforme ambitieuse. Le chemin est encore long, mais la direction est bonne. Une chose est sûre : l’administration zéro papier n’est plus un rêve lointain. Elle est en train de devenir une réalité.

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