L’Afrique, nouveau centre de gravité d’Orange

L’Europe n’est plus le terrain de jeu prioritaire d’Orange. Le groupe français déplace clairement son centre de gravité vers l’Afrique et le Moyen-Orient. Ce basculement stratégique s’appuie sur des résultats concrets et un potentiel encore largement inexploité. Le 8 avril 2026 à Casablanca, Orange a présenté son nouveau plan quinquennal baptisé « Trust the Future ».

Un plan ambitieux bâti sur la confiance

Orange prévoit plus de 5 milliards d’euros d’investissements en Afrique et au Moyen-Orient entre 2026 et 2028, avec l’ambition de doubler sa base de fibre optique et de déployer plus de 15 000 nouveaux sites télécoms en zones rurales. Ces chiffres traduisent une volonté ferme de réduire la fracture numérique sur le continent.

Le plan s’articule autour de trois axes clés. D’abord, la proximité client, pour renforcer les relations avec les utilisateurs existants. Ensuite, la croissance par l’innovation, pour développer de nouveaux services à forte valeur ajoutée. Enfin, l’excellence à grande échelle, pour optimiser les opérations. Orange prévoit d’ajouter environ 40 millions de clients supplémentaires d’ici 2028, notamment en Afrique et au Moyen-Orient.

Pour Christel Heydemann, directrice générale du groupe, la confiance est désormais un avantage concurrentiel à part entière. Dans un monde où l’IA transforme chaque secteur, fiabilité des réseaux et transparence des données deviennent des critères de choix décisifs pour les consommateurs.

Un continent aux fondamentaux solides

Les ambitions d’Orange reposent sur des dynamiques africaines bien réelles. Selon la GSMA, l’écosystème mobile représente 7,7 % du PIB africain, soit 220 milliards de dollars en 2024, et devrait atteindre 270 milliards d’ici 2030. Une population jeune, une adoption rapide du numérique et un essor continu des services financiers mobiles alimentent cette dynamique.

En 2025, Orange revendiquait déjà 179 millions de clients sur ses 17 marchés africains. Plus de 90 millions d’abonnés utilisaient la 4G. La 5G, elle, était disponible dans sept pays : l’Égypte, le Maroc, la Tunisie, la Jordanie, le Sénégal, le Botswana et Madagascar. Ces chiffres constituent une base solide pour accélérer.

Au-delà de la connectivité : la valeur numérique

Orange ne veut plus seulement connecter les Africains. Le groupe veut capter une part croissante de la valeur numérique produite sur le continent. Concrètement, cela passe par le mobile money, la super-app Max it, le cloud, la cybersécurité, l’intelligence artificielle et les services aux entreprises.

Orange vise 500 millions d’euros de revenus supplémentaires d’ici 2028 grâce à un portefeuille de services à croissance à deux chiffres, incluant notamment le Mobile Money et la super-app Max it en Afrique et au Moyen-Orient. En B2B, l’ambition affichée est une croissance à deux chiffres, avec un accent fort sur les services numériques et la cybersécurité.

Ces objectifs ne sont pas théoriques. En 2025, la zone Afrique et Moyen-Orient a généré 8,4 milliards d’euros de revenus pour Orange, en hausse de 12,2 %, avec un résultat opérationnel en progression de 13,9 %. Le continent est aujourd’hui le principal contributeur à la performance financière du groupe.

Des vents contraires à ne pas ignorer

Toutefois, ce tableau prometteur comporte des zones d’ombre. La Banque mondiale prévoit que la croissance de l’Afrique subsaharienne se maintiendra à 4,1 % en 2026, tout en signalant une intensification des risques de dégradation. Le renchérissement des combustibles et des denrées alimentaires, conjugué au durcissement des conditions financières, pourrait peser sur le pouvoir d’achat des ménages africains. Or, ce sont précisément ces ménages qu’Orange cherche à atteindre avec ses services numériques abordables.

Par ailleurs, la concurrence s’intensifie sur le continent. MTN, Airtel et des acteurs locaux disputent activement chaque segment de marché, des forfaits data aux solutions fintech.

Un pari stratégique cohérent

En définitive, le plan « Trust the Future » d’Orange marque un tournant dans la perception du continent africain. L’Afrique n’est plus un marché secondaire ou une option de diversification. Elle devient le moteur principal d’un groupe mondial qui cherche une croissance durable là où l’Europe ne peut plus la lui offrir.

L’équation est simple : là où l’Europe arrive à saturation, l’Afrique offre encore des décennies de croissance. Orange l’a compris. Et à 5 milliards d’euros d’investissements, il le montre clairement.

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