Beaucoup de pays africains cherchent à augmenter leurs recettes fiscales sans alourdir la pression sur les contribuables. Un véritable casse-tête, car élargir l’assiette tout en limitant les hausses d’impôts semble souvent incompatible. Pourtant, la Gambie a trouvé la parade. En misant sur la numérisation de son administration fiscale, le petit pays d’Afrique de l’Ouest a réalisé un exploit que beaucoup lui envient.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Les recettes fiscales sont passées de 11 milliards de dalasis (environ 149,7 millions de dollars) en 2022 à 25 milliards de dalasis (environ 340,3 millions de dollars) en 2025. Une progression de 127 % en trois ans, obtenue sans augmentation générale des impôts.
Ce bond spectaculaire, le ministre des Finances et des Affaires économiques, Seedy Keita, l’a attribué à une série de réformes numériques. Il s’en est félicité lors d’une interview sur l’émission Coffee Time with Peter Gomez. L’occasion pour lui de détailler les mesures qui ont permis ce tour de force. Et de rappeler que la discipline apportée par le numérique est désormais indispensable pour financer les projets de développement du pays.
Les réformes qui ont fait la différence
Une stratégie numérique à plusieurs volets
La Gambie n’a pas misé sur une seule réforme, mais sur une série de mesures coordonnées. Le ministre Keita a cité plusieurs initiatives phares : le système ASYCUDA World pour la gestion des douanes, le déploiement de timbres fiscaux numériques, la technologie de marquage des carburants, la numérisation de la taxation des revenus locatifs, la facturation électronique de la TVA, ainsi que des dispositifs de garantie des recettes pour le secteur des télécommunications.
Chacune de ces réformes a contribué à colmater les fuites qui existaient dans le système de collecte. Comme l’a souligné le ministre : « Chaque réforme que nous avons introduite a produit des résultats remarquables. Dans plusieurs cas, les recettes ont augmenté de plus de 100 %, ce qui prouve qu’il existait des fuites dans ces secteurs. » Une déclaration qui en dit long sur l’ampleur des pertes antérieures.
ASYCUDA World, la modernisation douanière
Le système ASYCUDA World est l’une des pierres angulaires de cette transformation. Ce logiciel de gestion douanière, développé par la CNUCED, permet de suivre en temps réel les marchandises importées et exportées. Il réduit les risques de fraude, accélère les procédures et augmente les recettes douanières.
En Gambie, son introduction a permis de mieux contrôler les flux commerciaux et de limiter les sous-évaluations. Les douaniers disposent désormais d’outils pour vérifier la cohérence des déclarations. Résultat : des recettes qui ont grimpé en flèche.
Les timbres fiscaux numériques
Autre innovation majeure, le déploiement de timbres fiscaux numériques. Ces timbres, générés électroniquement, remplacent les versions papier. Ils sont plus difficiles à falsifier et permettent une traçabilité parfaite. Les administrations peuvent ainsi s’assurer que les droits ont bien été acquittés.
Cette technologie a notamment été utilisée pour les produits du tabac et de l’alcool, deux secteurs où la fraude était courante. Résultat, une hausse significative des recettes, sans augmentation des taxes.
La facturation électronique de la TVA
La facturation électronique est un autre levier important. Elle oblige les entreprises à transmettre leurs factures en temps réel à l’administration fiscale. Cela permet de détecter les incohérences, de lutter contre la fraude à la TVA et de réduire les délais de remboursement.
En Gambie, cette réforme a non seulement augmenté les recettes, mais aussi simplifié les démarches des entreprises. Moins de paperasse, moins d’erreurs, plus d’efficacité.
Le marquage des carburants
La technologie de marquage des carburants est une autre innovation notable. Elle consiste à introduire un traceur chimique invisible dans les carburants, détectable uniquement par des laboratoires agréés. Cela permet de distinguer les carburants légaux des carburants frauduleux, souvent vendus à moindre coût.
Cette mesure a permis de lutter contre la contrebande et l’évasion fiscale dans le secteur pétrolier. Une source de revenus supplémentaires pour l’État gambien.
Une croissance sans nouvelles taxes
Une performance saluée par les institutions internationales
Ce qui distingue la réforme gambienne, c’est qu’elle n’a pas reposé sur une augmentation généralisée des impôts. Les contribuables n’ont pas vu leur pression fiscale augmenter. Les recettes supplémentaires proviennent de la meilleure collecte des impôts déjà existants, grâce à la réduction des fuites.
Cette approche a été saluée par les institutions financières internationales. Le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale ont félicité la Gambie pour les réformes engagées, lors de l’approbation de la cinquième revue de la Facilité élargie de crédit et de la Facilité pour la résilience et la durabilité. Une reconnaissance qui renforce la crédibilité du pays sur la scène internationale.
Des recettes pour financer le développement
L’objectif de ces réformes est clairement de financer les projets de développement du pays. La Gambie prépare de nombreux investissements dans les infrastructures, l’éducation et la santé. Des dépenses qui nécessitent des ressources stables et durables.
Pour 2026, le fisc gambien s’est fixé un nouvel objectif. Celui de percevoir 27,5 milliards de dalasis (environ 374,3 millions de dollars). Un chiffre ambitieux, mais qui semble à portée de main au vu des résultats récents.
La prochaine étape : le Système intégré d’administration fiscale (ITAS)
Une plateforme pour simplifier les démarches
L’Autorité des recettes de Gambie (GRA) prépare déjà la suite. Elle s’apprête à déployer le Système intégré d’administration fiscale (ITAS). Cette plateforme permettra aux contribuables de s’enregistrer, de déclarer et de payer leurs impôts en ligne, sans avoir à se déplacer.
Cette dématérialisation réduira la charge administrative et les risques d’erreur. Elle améliorera aussi la transparence et la traçabilité des transactions. Une avancée majeure pour l’administration fiscale gambienne.
Un pas vers une administration moderne
ITAS s’inscrit dans la continuité des réformes engagées. Il renforce la modernisation de l’administration fiscale et prépare le pays à une économie de plus en plus numérique. À terme, il devrait contribuer à une nouvelle hausse des recettes.
Les enseignements pour les autres pays africains
La numérisation, un levier puissant
L’expérience gambienne est un exemple à suivre pour les autres pays africains. Elle montre que la numérisation peut transformer l’administration fiscale, sans nécessairement augmenter les impôts. Les technologies existent, elles sont accessibles, et elles peuvent générer des gains rapides.
Bien sûr, chaque pays a ses spécificités. Mais les principes sont les mêmes : moderniser les procédures, réduire les fuites, simplifier les démarches. La Gambie prouve que c’est possible, même avec des moyens limités.
Les conditions du succès
Pour réussir une telle transformation, plusieurs conditions sont nécessaires. D’abord, une volonté politique forte, comme l’a montrée le gouvernement gambien. Ensuite, des investissements dans les infrastructures et les compétences. Enfin, une communication claire pour rassurer les contribuables et les entreprises.
La Gambie a rempli ces conditions. Et les résultats parlent d’eux-mêmes.
Conclusion
En trois ans, la Gambie a augmenté ses recettes fiscales de 127 %. Une performance remarquable, obtenue grâce à la numérisation de l’administration fiscale. Sans nouvelles taxes, le pays a su colmater les fuites et mieux collecter les impôts existants.
Les réformes se sont enchaînées : ASYCUDA World pour les douanes, timbres fiscaux numériques, marquage des carburants, facturation électronique de la TVA. Chacune a contribué à la hausse des recettes. Chacune a prouvé que la technologie peut être un levier puissant de développement.
Le Système intégré d’administration fiscale (ITAS) prépare la suite. Il devrait simplifier encore les démarches et améliorer la collecte. L’objectif pour 2026 est de 27,5 milliards de dalasis. L’expérience gambienne est une source d’inspiration pour les autres pays africains. Elle montre que la numérisation peut transformer l’administration et générer des ressources pour le développement. Une leçon à méditer.