Les transferts d’argent entre pays africains sont souvent un parcours du combattant. Lenteur, frais élevés, intermédiaires multiples : le système actuel freine le commerce et pénalise les entreprises. Pourtant, une solution technologique commence à s’imposer. Les stablecoins, ces cryptomonnaies adossées à des devises stables, pourraient bien révolutionner les paiements sur le continent.
C’est dans cette perspective que le géant des paiements Onafriq a annoncé un partenariat stratégique avec Privy, un fournisseur d’infrastructure de portefeuilles numériques. L’objectif est clair : intégrer des monnaies numériques stables à son réseau africain pour rendre les transferts d’argent entre pays plus rapides et moins coûteux pour les entreprises, les banques et les applications mobiles.
Cette collaboration s’inscrit dans une stratégie plus large de modernisation de l’infrastructure de paiement panafricaine. En automatisant les échanges financiers sans intermédiaire, ces technologies modernes vont simplifier la gestion de trésorerie et renforcer l’efficacité du commerce sur le continent. Décryptage d’un partenariat qui pourrait bien changer la donne.
Onafriq, le réseau des réseaux
Un acteur incontournable des paiements en Afrique
Onafriq se présente comme le plus grand réseau de paiement d’Afrique. L’entreprise connecte aujourd’hui plus d’un milliard de portefeuilles de mobile money et 500 millions de comptes bancaires à travers 43 marchés africains. Elle opère également 2 000 corridors de paiement transfrontaliers. Un chiffre qui donne la mesure de son empreinte sur le continent.
Son positionnement est unique. Onafriq se définit comme le « réseau des réseaux », une plateforme qui assure la convergence et l’interopérabilité entre les différents acteurs du secteur : banques, opérateurs mobiles, institutions financières non bancaires, organisations de transfert d’argent et même gouvernements. En d’autres termes, Onafriq est le ciment d’un écosystème de paiement encore fragmenté.
Une stratégie résolument tournée vers l’innovation
Onafriq ne cache pas ses ambitions. L’entreprise investit massivement dans les technologies qui rendent les paiements plus rapides et plus accessibles. Luke Kyohere, Group Chief Product and Innovation Officer, résume cette philosophie : « Chez Onafriq, nous continuons d’investir dans la technologie qui rend les paiements plus rapides et plus accessibles ».
Les stablecoins sont au cœur de cette stratégie. L’entreprise les considère comme un « changement radical » dans ce qui est possible en matière de paiements. Déjà partenaire de Visa, de M-Pesa et de Conduit pour des pilotes de paiements transfrontaliers en République démocratique du Congo, Onafriq franchit une nouvelle étape avec Privy.
Privy, l’infrastructure stablecoin au service des entreprises
Un fournisseur de portefeuilles numériques de pointe
Privy n’est pas un acteur anonyme. La société, acquise par Stripe en 2025, fournit une infrastructure de portefeuilles numériques à plus de 50 millions de comptes et sécurise des milliards de dollars de transactions. Ses clients incluent des noms connus de l’écosystème crypto comme OpenSea, Farcaster et Hyperliquid.
Son offre est centrée sur des API de bas niveau pour les paiements en stablecoins et la gestion d’actifs numériques. Privy permet aux entreprises de créer et de gérer des portefeuilles non-custodial, où les clés sont détenues par les organisations elles-mêmes. Une approche qui séduit les acteurs institutionnels soucieux de contrôler leurs actifs.
Un partenaire choisi pour son infrastructure d’entreprise
Onafriq a sélectionné Privy pour ses qualités techniques. Henri Stern, co-fondateur et CEO de Privy, résume l’enjeu : « Les stablecoins joueront un rôle de plus en plus important dans l’avenir des paiements mondiaux, mais l’adoption dans le monde réel dépend d’une infrastructure sécurisée, évolutive et simple à mettre en œuvre ». C’est précisément ce que Privy apporte à Onafriq.
L’infrastructure de Privy est conçue pour simplifier l’expérience utilisateur tout en masquant la complexité de la technologie blockchain. Elle permettra à Onafriq d’intégrer de manière transparente des capacités de portefeuille d’actifs numériques dans ses produits, sous réserve des approbations réglementaires.
Le partenariat : des solutions concrètes pour des problèmes anciens
Des paiements transfrontaliers encore trop lents
Le constat de départ est connu. Transférer de l’argent entre marchés africains reste un processus lent et fragmenté. Il repose sur de multiples intermédiaires et des cycles de règlement prolongés. Les entreprises, les banques et les institutions financières subissent ces lourdeurs au quotidien.
La demande pour des options de paiement plus rapides et plus efficaces ne cesse de croître. C’est précisément pour répondre à cette demande que les stablecoins sont de plus en plus considérés comme une solution viable. En éliminant les intermédiaires et en accélérant les règlements, ils promettent de débloquer des liquidités et de réduire les coûts.
Une première phase centrée sur la trésorerie et les règlements
Le partenariat entre Onafriq et Privy ne reste pas au stade des promesses. Une première phase est déjà en cours, axée sur les transferts de stablecoins entre chaînes, la gestion de trésorerie et les flux de règlement. Cette phase pose les bases des futures solutions de paiement transfrontalier et de liquidité.
Concrètement, Onafriq utilise l’infrastructure de portefeuilles programmable de Privy pour gérer les soldes de trésorerie et les flux de règlement à travers son activité. Les intégrations natives de Privy dans l’écosystème des stablecoins simplifient également l’ensemble de la pile de règlement. Plutôt que de maintenir une infrastructure de portefeuille en interne, Onafriq peut se concentrer sur la fourniture de services de paiement.
Des cas d’usage institutionnels en perspective
À plus long terme, le partenariat devrait soutenir des cas d’usage institutionnels supplémentaires. La liste inclut les règlements en stablecoins, la gestion de trésorerie et les services de liquidité. L’infrastructure mise en place aujourd’hui pourrait également être étendue aux flux de paiement orientés clients : paiements, encaissements et transactions transfrontalières pour les entreprises.
L’objectif est de créer une infrastructure capable de soutenir à la fois les opérations de trésorerie internes et les futurs flux de paiement, aidant ainsi les entreprises à transférer de la valeur à travers l’Afrique avec une plus grande rapidité, transparence et efficacité.
Les avantages pour l’écosystème africain
Des transferts plus rapides et moins chers
Le premier bénéfice attendu est une réduction des coûts et des délais. A l’instar de Flutterwave, en utilisant les stablecoins, Onafriq peut réduire le nombre d’intermédiaires et accélérer les règlements. Les entreprises, les banques et les applications mobiles pourront transférer de l’argent entre pays de manière plus efficace.
Cette amélioration profitera à l’ensemble de l’écosystème. Les commerçants pourront être payés plus rapidement, les entreprises géreront mieux leur trésorerie, et les consommateurs bénéficieront de frais de transfert réduits.
Une gestion de trésorerie simplifiée
La gestion de trésorerie est un casse-tête pour les entreprises opérant dans plusieurs pays africains. Les équipes doivent gérer des liquidités sur différents marchés, coordonner les règlements entre contreparties et naviguer dans un patchwork de rails de paiement, de devises et d’institutions financières.
Les stablecoins offrent une approche plus simple. Ils aident les entreprises à transférer de la valeur plus efficacement, à améliorer la rapidité des règlements et à obtenir une meilleure visibilité sur les flux de fonds. C’est exactement ce que Privy apporte à Onafriq.
Une plus grande inclusion financière
En rendant les paiements transfrontaliers plus accessibles, ce partenariat pourrait contribuer à l’inclusion financière. Les stablecoins permettent à des millions de personnes non bancarisées d’accéder à des services financiers numériques. En s’appuyant sur le réseau de 43 marchés d’Onafriq, l’impact pourrait être considérable.
Les défis à relever
La régulation, un obstacle à surmonter
Les stablecoins évoluent dans un cadre réglementaire encore flou dans de nombreux pays africains. Onafriq et Privy devront naviguer dans ce labyrinthe juridique. L’infrastructure est conçue pour se conformer aux réglementations, mais les approbations pourront prendre du temps.
Luke Kyohere insiste sur cet aspect : « Notre objectif est de garantir que l’écosystème de paiement africain bénéficie de ces technologies de manière sécurisée et conforme aux cadres réglementaires ». Une vigilance constante sera nécessaire.
L’adoption par les utilisateurs
La technologie ne suffit pas. Il faudra convaincre les entreprises, les banques et les consommateurs d’adopter les stablecoins. La confiance dans les cryptomonnaies reste fragile, et l’éducation sera un enjeu majeur.
Onafriq mise sur l’intégration transparente pour faciliter cette adoption. En masquant la complexité de la blockchain, l’infrastructure de Privy rend l’expérience utilisateur aussi simple qu’un paiement traditionnel.
L’infrastructure technique
Dernier défi, non des moindres : la robustesse technique. Les paiements transfrontaliers exigent une infrastructure fiable, capable de traiter des volumes importants. Privy a fait ses preuves avec des millions de comptes et des milliards de dollars de transactions. Mais l’échelle africaine est un défi en soi.
Conclusion
Le partenariat entre Onafriq et Privy marque une étape importante dans la modernisation des paiements en Afrique. En intégrant les stablecoins à son réseau, le plus grand acteur du continent ouvre la voie à des transferts plus rapides, moins coûteux et plus transparents.
Cette collaboration s’inscrit dans une stratégie plus large de modernisation de l’infrastructure de paiement panafricaine, avec des portefeuilles multi-modaux sécurisés et une circulation de la valeur plus efficace à travers le continent. Elle répond à une demande croissante des institutions financières et des entreprises pour des options de paiement plus rapides et plus efficaces.
Reste à surmonter les défis réglementaires, techniques et d’adoption. Mais la direction est claire. Les stablecoins sont en train de s’imposer comme un nouveau rail de règlement pour les paiements mondiaux. Et Onafriq, avec l’aide de Privy, est en train de construire l’infrastructure qui permettra à l’Afrique d’en bénéficier pleinement.