L’intelligence artificielle révolutionne aujourd’hui la création de contenus numériques. En quelques clics, il est désormais possible de générer des images réalistes, de créer des vidéos convaincantes ou encore de reproduire une voix humaine avec une précision impressionnante. Cependant, cette avancée technologique soulève également de nombreuses inquiétudes en matière de protection de la vie privée et de respect des droits fondamentaux.
Face à la multiplication des contenus manipulés par l’IA, le Bénin a décidé de rappeler fermement le cadre légal applicable. Le Centre national d’investigations numériques (CNIN) a averti que toute utilisation de l’image d’une personne sans son consentement, notamment à travers des outils d’intelligence artificielle générative, peut entraîner de lourdes sanctions pénales.
Selon les autorités, les contrevenants risquent jusqu’à cinq ans d’emprisonnement et une amende pouvant atteindre 25 millions FCFA, soit environ 44 400 dollars américains.
Ce que dit la loi béninoise
Dans un communiqué publié le 29 août, le CNIN a rappelé que la création, la modification ou la diffusion d’images représentant une personne sans son autorisation constitue une atteinte au droit à l’image.
Ces pratiques sont encadrées par l’article 576 du Code du numérique du Bénin, qui protège les citoyens contre les usages abusifs de leur identité visuelle dans l’espace numérique.
Concrètement, peut faire l’objet de poursuites judiciaires toute personne qui utilise l’intelligence artificielle pour :
- modifier le visage d’un individu ;
- créer une fausse vidéo impliquant une personne réelle ;
- diffuser des images générées sans consentement ;
- publier des contenus trompeurs susceptibles de nuire à la réputation d’autrui ;
Cette disposition vise à protéger les citoyens contre les manipulations numériques de plus en plus sophistiquées rendues possibles par les nouvelles technologies d’IA.
Deepfakes : pourquoi les autorités s’inquiètent
La principale préoccupation concerne les deepfakes. Les deepfakes sont des contenus générés par intelligence artificielle qui permettent de remplacer un visage, modifier une voix ou faire dire à une personne des propos qu’elle n’a jamais prononcés.
Autrefois réservées aux laboratoires de recherche, ces technologies sont aujourd’hui accessibles au grand public grâce à des applications disponibles sur smartphone ou sur Internet.
Cette démocratisation crée de nouveaux risques :
- désinformation politique ;
- diffamation ;
- harcèlement en ligne ;
- usurpation d’identité ;
- escroqueries financières ;
- manipulation de l’opinion publique.
Le problème est d’autant plus préoccupant que les contenus générés deviennent de plus en plus difficiles à distinguer des contenus authentiques. De nombreux experts en cybersécurité estiment que les deepfakes représenteront l’une des principales menaces numériques des prochaines années.
La cybercriminalité progresse au Bénin
Le rappel du CNIN intervient dans un contexte marqué par une augmentation continue des affaires liées à la cybercriminalité. Selon les chiffres communiqués par le procureur spécial de la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET), le nombre de dossiers enregistrés est en constante progression :
| Année | Nombre de dossiers |
| 2022 | 347 |
| 2023 | 415 |
| 2024* | 576 |
*Données arrêtées au 17 septembre 2024.
Cette hausse illustre la diversification des infractions commises dans l’espace numérique béninois. Les autorités constatent notamment une augmentation des :
- arnaques sentimentales ;
- escroqueries sur les réseaux sociaux ;
- faux investissements en ligne ;
- usurpations d’identité ;
- fraudes financières numériques.
600 faux comptes supprimés
Les opérations menées par le CNIN ont déjà permis d’obtenir des résultats significatifs. En 2024, l’institution a annoncé avoir contribué à la désactivation d’environ 600 faux comptes utilisés pour diverses activités frauduleuses.
Ces comptes servaient principalement à :
- usurper l’identité de personnalités publiques ;
- piéger des victimes via de fausses relations amoureuses ;
- promouvoir des services de maraboutage frauduleux ;
- organiser des escroqueries financières.
L’arrivée massive des outils d’intelligence artificielle pourrait rendre ces pratiques encore plus sophistiquées si elles ne sont pas correctement encadrées.
Une problématique qui dépasse le simple droit à l’image
Le débat autour de l’IA générative ne concerne pas uniquement la protection de l’image des individus. Les gouvernements, les entreprises et les organismes internationaux s’inquiètent également des conséquences économiques et sécuritaires liées à ces technologies.
Selon Interpol, les principales cybermenaces auxquelles l’Afrique est confrontée comprennent :
- les fraudes numériques ;
- les usurpations d’identité ;
- les attaques par rançongiciel ;
- les arnaques en ligne ;
- les manipulations de contenus numériques.
Entre 2019 et 2025, les pertes financières liées à la cybercriminalité sur le continent africain sont estimées à plus de 3 milliards de dollars. Dans ce contexte, les outils d’intelligence artificielle peuvent devenir de puissants accélérateurs de fraude lorsqu’ils sont utilisés à des fins malveillantes.
Comment utiliser l’intelligence artificielle légalement au Bénin ?
L’intelligence artificielle n’est pas interdite au Bénin. Au contraire, les autorités reconnaissent son potentiel pour améliorer la productivité, l’innovation et les services numériques.
Toutefois, certaines bonnes pratiques doivent être respectées :
- Obtenir le consentement préalable : avant d’utiliser l’image, la voix ou les données d’une personne, il est recommandé d’obtenir son autorisation explicite ;
- Éviter les contenus trompeurs : les créations générées par IA ne doivent pas induire le public en erreur ni porter atteinte à la réputation d’autrui ;
- Respecter la vie privée : les données personnelles doivent être utilisées conformément aux dispositions du Code du numérique ;
- Vérifier les usages commerciaux : l’utilisation d’images générées à des fins publicitaires ou commerciales nécessite souvent des autorisations spécifiques.
Quel avenir pour la régulation de l’IA au Bénin ?
Comme de nombreux pays à travers le monde, le Bénin cherche aujourd’hui à trouver un équilibre entre innovation technologique et protection des citoyens.
L’intelligence artificielle offre d’immenses opportunités dans des secteurs tels que :
- l’éducation ;
- la santé ;
- l’administration publique ;
- l’agriculture ;
- les services financiers.
Cependant, son développement doit s’accompagner de garanties juridiques solides afin de prévenir les abus. Le rappel du CNIN constitue ainsi un signal fort adressé aux utilisateurs des nouvelles technologies : l’innovation est encouragée, mais elle ne peut se faire au détriment des droits fondamentaux des citoyens.
Ce qu’il faut retenir
L’utilisation de l’intelligence artificielle pour créer, modifier ou diffuser l’image d’une personne sans son consentement peut entraîner de lourdes conséquences judiciaires au Bénin. En vertu du Code du numérique, les contrevenants risquent jusqu’à cinq ans de prison et une amende pouvant atteindre 25 millions FCFA.
Alors que les deepfakes et autres contenus générés par IA deviennent de plus en plus réalistes, les autorités béninoises renforcent leur vigilance afin de protéger les citoyens contre les risques de manipulation, d’usurpation d’identité et de désinformation.
Cette position s’inscrit dans une tendance mondiale visant à encadrer l’essor de l’intelligence artificielle tout en préservant les libertés individuelles et la confiance dans l’environnement numérique.