La Côte d’Ivoire a beau être l’une des économies les plus dynamiques d’Afrique de l’Ouest, la transformation numérique y reste encore très inégalement répartie. Les grandes entreprises d’Abidjan et quelques startups visibles de la Riviera s’en tirent bien. Mais dans les zones périphériques, dans les villes secondaires, chez les jeunes femmes qui n’ont jamais eu accès à un atelier de formation tech, le fossé reste large.
C’est dans ce contexte qu’Orange Côte d’Ivoire et le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) ont officialisé, le 21 mai 2026 à Abidjan, un protocole d’accord visant à accélérer l’inclusion numérique et l’employabilité des jeunes. L’accord a été signé par Blerta Cela, Représentante résidente du PNUD en Côte d’Ivoire, et Mamadou Bamba, Directeur général d’Orange Côte d’Ivoire.
Ce n’est pas le premier partenariat de ce type signé en Côte d’Ivoire. Mais la combinaison d’un opérateur télécoms disposant d’une infrastructure de formation déjà déployée et d’une agence onusienne avec des leviers programmatiques et financiers lui donne une configuration un peu différente des initiatives habituelles.
Ce que prévoit concrètement l’accord
Le protocole couvre plusieurs axes. La formation aux compétences numériques est le fil directeur : développement logiciel, entrepreneuriat technologique, culture numérique de base.
Ces formations s’appuieront sur l’infrastructure de l’Orange Digital Center (ODC), le dispositif d’accompagnement entrepreneurial du groupe, inauguré à Abidjan en octobre 2021. Le centre, installé sur 1 200 m² en plein plateau, réunit sous un même toit une école du code (Orange Digital Academy), un FabLab solidaire, un accélérateur de startups (Orange Fab) et un fonds d’investissement (Orange Ventures Africa). Toutes les formations y sont gratuites et ouvertes à tous.
L’accord prévoit également un accompagnement des startups et le développement de pôles d’innovation, dans la continuité des activités de l’ODC. Mais ce qui distingue cette initiative de ce qui se fait déjà, c’est la dimension géographique. Les deux partenaires annoncent vouloir étendre les programmes dans des zones rurales et des localités peu couvertes par les dispositifs de formation technologique. Dit autrement : sortir d’Abidjan.
Les jeunes femmes et les populations vulnérables sont explicitement identifiées comme cibles prioritaires, ce qui s’aligne sur une priorité affichée tant par le PNUD que par Orange depuis plusieurs années.
L’Orange Digital Center en Côte d’Ivoire : ce qu’il a déjà fait
Pour juger la portée potentielle de ce partenariat, il faut regarder ce que l’ODC Côte d’Ivoire a déjà construit.
Depuis son inauguration en 2021, le centre a formé plus de 3 000 jeunes via ses différents programmes, selon les chiffres communiqués dans le bilan 2024 d’Orange Côte d’Ivoire. La même année, près de 10 000 élèves ont été formés au numérique dans des établissements publics dans le cadre d’actions de l’opérateur. Par ailleurs, 50 personnes en situation de handicap ont bénéficié de formations digitales.
Le centre fonctionne aujourd’hui selon trois pôles :
- la Digital Academy pour le développement logiciel ;
- le FabLab pour le prototypage et la fabrication numérique ;
- l’accélérateur Orange Fab pour les startups à plus fort potentiel.
Selon Latifa Diak Dior, directrice de l’ODC Côte d’Ivoire, le taux d’insertion socioprofessionnelle des jeunes après formation est « assez élevé », sans qu’un chiffre précis n’ait été publié à ce jour.
90 % des formations dispensées sont pratiques. Une proportion qui tranche avec les cursus académiques classiques, souvent critiqués pour leur déconnexion du marché du travail réel.
L’ODC Côte d’Ivoire est le 5ème de son genre dans la zone Afrique et Moyen-Orient. Le réseau global compte aujourd’hui 25 centres, dont 17 sur le continent africain. Ce maillage permet à Orange de partager des ressources pédagogiques, des formateurs et des programmes entre pays. Un avantage que peu de structures locales (surtout concurrentes) peuvent répliquer.
Ce que le PNUD apporte à l’équation
Si Orange Côte d’Ivoire dispose de l’infrastructure et de l’expertise technique, le PNUD amène autre chose :
- une légitimité programmatique auprès des institutions nationales ;
- un ancrage dans les politiques de développement ;
- des ressources qui permettent de cibler des populations et des territoires qu’une logique commerciale seule n’atteindrait pas facilement.
« Ce partenariat constitue une étape importante pour accélérer l’inclusion numérique et soutenir l’entrepreneuriat des jeunes« , a déclaré Blerta Cela. « En mobilisant les forces du secteur privé et des partenaires internationaux pour un développement plus équitable et durable.«
Pour le PNUD, cette coopération s’inscrit dans une stratégie globale qui utilise le numérique comme levier de réduction des inégalités. L’agence mène déjà, en Côte d’Ivoire comme dans d’autres pays, des programmes d’accélération de l’économie numérique, d’autonomisation des femmes par la technologie, et d’insertion des jeunes. Le partenariat avec Orange lui permet de s’appuyer sur une infrastructure existante plutôt que de construire la sienne en partant de zéro.
La collaboration s’aligne également sur les orientations du Plan national de développement (PND) ivoirien et sur les Objectifs de développement durable (ODD), en particulier l’ODD 4 (éducation de qualité), l’ODD 8 (travail décent et croissance économique) et l’ODD 10 (réduction des inégalités).
Une ambition nationale : de 6 % à 15 % du PIB
Pour comprendre pourquoi ce genre d’initiatives se multiplie, il faut regarder les chiffres macro.
Le numérique représente aujourd’hui environ 6 % du PIB ivoirien. Le gouvernement veut porter ce chiffre à 15 % d’ici 2030, soit plus du double en moins de cinq ans. C’est un objectif ambitieux, qui suppose non seulement de construire des infrastructures, mais surtout de former des centaines de milliers de personnes capables de les utiliser, de les développer et d’en faire des activités économiques.
Le Projet d’accélération digitale en Côte d’Ivoire (PADCI), financé par la Banque mondiale, vise précisément le développement de compétences numériques avancées et intermédiaires, en ciblant prioritairement les jeunes et les femmes. Ce partenariat entre Orange et le PNUD s’inscrit dans cette dynamique, même s’il ne s’y substitue pas, il en est un maillon complémentaire.
Sur le plan économique, Orange Côte d’Ivoire a terminé l’exercice 2024 avec un chiffre d’affaires consolidé de 1 084,1 milliards FCFA, en croissance de 6,6 %, et un résultat net de 158,2 milliards FCFA. Le groupe, qui couvre la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso et le Liberia, emploie plus de 2 900 personnes dans la sous-région et a réalisé un chiffre d’affaires de 1 197,1 milliards FCFA en 2025.
Pour un opérateur de cette taille, les programmes d’inclusion numérique ne sont donc pas une action caritative périphérique. Ils nourrissent aussi un marché futur de clients formés, connectés et capables d’utiliser des services à valeur ajoutée.
Le défi de la ruralité : la vraie difficulté à résoudre
L’ambition d’extension aux zones rurales est la partie la plus intéressante et potentiellement la plus difficile du partenariat.
Abidjan concentre l’essentiel des acteurs numériques ivoiriens, des incubateurs, des financeurs et des employeurs tech du pays. S’y former, c’est relativement accessible pour un jeune de la capitale qui peut se rendre à l’ODC du Plateau. Mais pour un jeune de Bondoukou, de Séguéla ou de Korhogo, la réalité est différente. En effet, les transports coûtent cher, les structures d’accompagnement sont rares, et les modèles de formation en présentiel s’adaptent mal aux contraintes rurales.
Les initiatives qui ont réussi à changer cela ailleurs en Afrique ont généralement combiné trois éléments :
- des formations hybrides (en ligne + présentiel ponctuel) ;
- des partenaires locaux capables de relayer l’accompagnement ;
- des contenus pédagogiques adaptés aux contextes locaux.
Sur le dernier élément, la Côte d’Ivoire présente aussi la particularité d’une forte diversité linguistique, avec des jeunes dont le français n’est pas la langue première. Un paramètre que les programmes de formation ignorent trop souvent.
Ni Orange ni le PNUD n’ont encore détaillé comment concrètement ils comptent atteindre ces territoires éloignés, quels outils pédagogiques seront déployés, ni selon quel calendrier. Les prochains mois devraient préciser ces modalités.
Ce partenariat dans son contexte régional
La Côte d’Ivoire n’est pas seule à chercher à accélérer ses compétences numériques. Au Sénégal, le programme Digital Sénégal 2025 a misé sur les « espaces numériques ouverts » dans les régions. Au Ghana, le programme Digital Ghana Agency finance des centres de formation dans les districts ruraux. Au Bénin, le gouvernement a lancé des plateformes digitales de services publics, et investi dans la formation des agents administratifs au numérique.
Ce qui distingue l’approche ivoirienne ici, c’est l’implication d’un opérateur privé disposant déjà d’une infrastructure dédiée et d’un réseau de partenariats construit sur plusieurs années. L’ODC n’est pas une structure créée pour ce protocole. En effet, elle existe depuis 2021, a formé des milliers de jeunes, et dispose d’une méthodologie éprouvée.
La question qui se posera dans un an ou deux, c’est celle de l’impact mesurable. Le nombre de personnes formées dans les zones rurales. Le taux d’insertion dans l’emploi ou la création d’entreprise après les formations. La part des femmes dans les bénéficiaires effectifs. Ces indicateurs existent, mais ils demandent un suivi rigoureux que les partenariats publics-privés ne maintiennent pas toujours sur la durée.
Questions fréquentes (FAQ)
Qu’est-ce que l’Orange Digital Center en Côte d’Ivoire ?
L’Orange Digital Center (ODC) Côte d’Ivoire est un espace de formation aux métiers du numérique inauguré à Abidjan en octobre 2021. Il regroupe en un même lieu une école du code (Digital Academy), un FabLab solidaire, un accélérateur de startups (Orange Fab) et un fonds d’investissement (Orange Ventures Africa). Toutes ses formations sont gratuites et ouvertes à tous. C’est le 5ème centre du groupe dans la zone Afrique et Moyen-Orient.
Qui sont les bénéficiaires ciblés par le partenariat Orange-PNUD ?
Le protocole d’accord cible prioritairement les jeunes, avec un accent particulier sur les jeunes femmes et les populations vulnérables. Une attention spéciale est portée à l’extension des programmes dans les zones rurales et les localités peu couvertes par les dispositifs de formation technologique existants.
Quels programmes le partenariat va-t-il déployer ?
L’accord prévoit des formations aux compétences numériques, un accompagnement des startups, le développement de pôles d’innovation, et une extension géographique au-delà d’Abidjan. Les formations s’appuieront sur l’infrastructure de l’Orange Digital Center et les ressources programmatiques du PNUD.
Quelle est la stratégie numérique de la Côte d’Ivoire pour 2030 ?
Le gouvernement ivoirien ambitionne de faire passer la contribution du numérique au PIB de 6 % actuellement à 15 % d’ici 2030. Cette ambition s’appuie sur plusieurs axes : développement des infrastructures, expansion des services digitaux, et renforcement du capital humain via des programmes comme le PADCI (Projet d’accélération digitale en Côte d’Ivoire), financé par la Banque mondiale.
Orange Côte d’Ivoire opère-t-il uniquement en Côte d’Ivoire ?
Non. Le Groupe Orange Côte d’Ivoire couvre également le Burkina Faso et le Liberia. L’ensemble du groupe a réalisé un chiffre d’affaires de 1 197,1 milliards FCFA en 2025 et emploie plus de 2 900 personnes dans la sous-région.