Envoyer de l’argent d’un pays africain à un autre relève encore souvent du parcours du combattant. Les entreprises doivent jongler avec de multiples relations bancaires, des délais de règlement interminables et des contrôles de conformité qui changent d’un pays à l’autre. Une réalité qui pèse lourdement sur le commerce intra-africain, pourtant appelé à devenir un moteur de croissance majeur.
Selon Remittance Prices Worldwide, l’Afrique subsaharienne reste la région la plus chère au monde pour envoyer de l’argent, avec un coût total moyen de 8,78 %. Un chiffre qui pénalise directement les fondateurs, les équipes financières et les entreprises cherchant à s’étendre sur le continent. Car si trouver des fournisseurs de confiance représente déjà un défi, les encaisser et les payer en constitue un autre, bien plus complexe encore.
C’est précisément dans cette brèche que s’est engouffrée Oneremit. La plateforme de paiements transfrontaliers a fait un pari audacieux : transformer la conformité réglementaire en infrastructure. Plutôt que de considérer les licences comme un fardeau administratif, elle en a fait le socle de son modèle. Une approche qui porte ses fruits : en dix-huit mois d’activité, Oneremit a traité plus de 200 millions de dollars de transactions. Décryptage d’une stratégie qui pourrait redessiner le paysage des paiements en Afrique.
Le casse-tête des paiements transfrontaliers en Afrique
Des coûts prohibitifs et des délais interminables
Le commerce africain est, par nature, sans frontières. Les entreprises s’approvisionnent, vendent, embauchent et règlent leurs factures dans de nombreux pays. Pourtant, les transferts d’argent entre marchés africains restent d’une complexité décourageante. Chaque pays impose ses propres règles, ses propres contrôles, ses propres exigences de conformité.
Résultat : des délais de règlement qui s’étirent sur des jours, parfois des semaines. Des frais bancaires qui grignotent les marges. Et une incertitude permanente sur la réception effective des fonds. Pour les entreprises, cette situation est intenable. Elle freine leur développement, limite leur capacité à saisir des opportunités et les expose à des risques de change considérables.
La confiance, nerf de la guerre
Dans les paiements transfrontaliers, la confiance est essentielle. Une entreprise doit être sûre que son argent arrivera à destination, dans les délais promis, sans mauvaise surprise. Or, cette confiance ne se décrète pas. Elle se construit juridiction par juridiction, en démontrant sa conformité aux régulateurs locaux.
C’est là que le bât blesse pour de nombreux acteurs. Les fintechs qui opèrent sans licences solides inspirent méfiance. Les banques partenaires hésitent à s’engager avec elles. Les entreprises, échaudées par des expériences passées, préfèrent se tourner vers des acteurs historiques, plus chers mais plus rassurants.
La stratégie d’Oneremit : la conformité comme fondation
Un portefeuille de licences impressionnant
Oneremit a fait un choix radical : investir massivement dans les licences réglementaires. La plateforme détient une licence d’entreprise de services monétaires enregistrée auprès de FINTRAC et de fournisseur de services de paiement enregistré auprès de la Banque du Canada. Elle dispose également d’une licence d’entreprise de services monétaires enregistrée auprès de FinCEN aux États-Unis.
Au Nigeria, Oneremit a obtenu une licence d’opérateur de transfert de fonds international délivrée par la Banque centrale. Et ce n’est pas fini : des demandes de licences auprès de la Banque du Ghana et de la Financial Conduct Authority (FCA) au Royaume-Uni sont en cours. Objectif : étendre sa présence réglementée aux corridors les plus utilisés par les entreprises africaines.
Cette stratégie a un coût. Les licences bancaires ne s’obtiennent pas facilement. Elles exigent des fonds propres importants, des équipes de conformité dédiées, des audits réguliers. Mais pour Oneremit, cet investissement est indispensable. Car sans licences solides, pas de partenariats bancaires, pas de confiance, pas de croissance.
Des partenariats bancaires facilités
Grâce à ce portefeuille de licences, Oneremit peut s’intégrer plus étroitement avec les banques et les partenaires de paiement. Ces derniers, rassurés par la conformité de la plateforme, acceptent de nouer des relations plus profondes. Résultat : des règlements plus rapides, des circuits de paiement plus prévisibles, et une meilleure expérience pour les entreprises utilisatrices.
Cette dynamique est vertueuse. Plus Oneremit obtient de licences, plus elle attire de partenaires bancaires. Plus elle a de partenaires, plus elle peut offrir des corridors de paiement étendus et compétitifs. Et plus son offre est attractive, plus elle génère de volume, ce qui lui permet d’investir dans de nouvelles licences. Un cercle vertueux qui explique sa croissance rapide.
Au-delà de l’interface : une infrastructure complète
Les coulisses du transfert de fonds
Oneremit ne se contente pas de fournir une interface de paiement. La plateforme investit dans l’ensemble de l’écosystème de transfert de fonds nécessaire au règlement transfrontalier. Cela inclut la couverture réglementaire, les corridors de paiement, la conformité, la surveillance des transactions, les partenariats technologiques et l’assistance humaine.
Cette approche intégrée est essentielle. Un transfert d’argent réussi ne dépend pas seulement du clic de l’utilisateur sur une application. Il repose sur une chaîne complexe d’acteurs, de systèmes et de processus. Chaque maillon doit fonctionner parfaitement pour que les fonds arrivent à destination.
Oneremit a compris que la valeur réside dans cette infrastructure invisible. L’utilisateur voit une interface simple, fluide, intuitive. Mais derrière, c’est tout un dispositif réglementaire, technique et humain qui rend la magie possible. Un dispositif que la plateforme construit patiemment, corridor par corridor, licence par licence.
La surveillance des transactions
La conformité ne s’arrête pas à l’obtention de licences. Elle exige une surveillance continue des transactions. Les régulateurs imposent des obligations strictes en matière de lutte contre le blanchiment d’argent, de financement du terrorisme et de vérification d’identité.
Oneremit a investi dans des systèmes de surveillance automatisés, capables de détecter les transactions suspectes en temps réel. Ces outils sont essentiels pour maintenir les licences et préserver la confiance des régulateurs. Ils permettent également de protéger les entreprises clientes contre les risques de fraude.
L’assistance humaine
Enfin, Oneremit ne néglige pas la dimension humaine. Le support client, l’accompagnement des entreprises, la gestion des cas complexes : autant de services qui ne peuvent pas être entièrement automatisés. La plateforme a mis en place des équipes dédiées, capables de répondre aux besoins spécifiques de chaque client.
Cette approche hybride, qui combine technologie et intervention humaine, est un facteur différenciant. Elle permet à Oneremit de traiter des transactions que des systèmes purement automatisés rejetteraient, tout en maintenant un niveau de conformité élevé.
Une traction qui confirme le besoin
200 millions de dollars en 18 mois
L’ampleur du changement se révèle dans les chiffres. Selon Oneremit, la fintech a traité plus de 200 millions de dollars de transactions transfrontalières sortantes en seulement dix-huit mois d’activité. Un volume impressionnant, qui démontre que la demande d’infrastructures transfrontalières réglementées et adaptées aux entreprises africaines n’est pas une simple hypothèse.
Ce chiffre est d’autant plus significatif qu’il a été atteint rapidement. Oneremit n’est pas un acteur historique. Elle a construit son activité en partant de zéro, en investissant massivement dans la conformité et en nouant des partenariats stratégiques. Une réussite qui valide sa thèse : la réglementation n’est pas un frein, mais un levier de croissance.
Des entreprises en quête de fiabilité
Cette traction s’explique aussi par l’appétit croissant des entreprises africaines pour des solutions de paiement fiables. Alors que le commerce intra-africain se développe, porté par la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), les besoins en paiements transfrontaliers explosent.
Les entreprises ne veulent plus dépendre de circuits informels ou de banques lentes et coûteuses. Elles cherchent des partenaires capables de leur offrir des solutions rapides, transparentes et conformes. Oneremit répond à cette demande, et les résultats suivent.
Les prochaines étapes : géographie et réglementation
L’extension des corridors
Les priorités à court terme d’Oneremit sont claires : obtention de licences supplémentaires, extension de la couverture des corridors et poursuite des investissements dans l’infrastructure technologique. La plateforme veut couvrir davantage de pays, connecter davantage de marchés, offrir davantage d’options aux entreprises.
Chaque nouveau corridor représente un défi. Il faut obtenir une licence dans le pays concerné, nouer des partenariats bancaires locaux, mettre en place des systèmes de conformité adaptés aux réglementations locales. Un travail de longue haleine, mais qui porte ses fruits à mesure que la couverture s’étend.
L’objectif : une infrastructure aussi fiable que celle des marchandises
À mesure que les entreprises africaines s’approvisionnent, vendent et recrutent de plus en plus au-delà des frontières, l’infrastructure de transfert de fonds devra devenir aussi fiable que celle utilisée pour le transport des marchandises. C’est l’ambition d’Oneremit.
Les routes commerciales africaines sont parcourues de milliers de camions chaque jour. Les marchandises circulent, les transactions se nouent, les économies se connectent. Mais les paiements, eux, restent souvent bloqués aux frontières. Oneremit veut changer cela, en construisant les autoroutes financières qui manquent au continent.
Les défis à relever
La complexité réglementaire
Malgré son succès, Oneremit fait face à un défi de taille : la complexité réglementaire. Chaque pays a ses propres règles, ses propres exigences, ses propres délais. Naviguer dans ce labyrinthe exige des compétences pointues et une patience infinie.
La plateforme doit maintenir ses licences en règle, se soumettre à des audits réguliers, mettre à jour ses procédures en fonction des évolutions législatives. Un travail de Sisyphe, qui mobilise des ressources considérables.
La concurrence
Le marché des paiements transfrontaliers attire de plus en plus d’acteurs. Des fintechs locales, des banques internationales, des opérateurs de mobile money : tous veulent leur part du gâteau. Oneremit devra se démarquer par la qualité de son service, l’étendue de son réseau et la solidité de sa conformité.
L’éducation du marché
Enfin, Oneremit devra éduquer le marché. Beaucoup d’entreprises africaines sont habituées à des circuits informels ou à des solutions bancaires traditionnelles. Elles doivent comprendre les avantages d’une plateforme réglementée, transparente et rapide. Un travail de pédagogie qui prendra du temps.
Conclusion
Oneremit incarne une nouvelle génération de fintechs africaines. Celles qui ont compris que la conformité n’est pas un fardeau, mais une opportunité. En investissant massivement dans les licences, en construisant une infrastructure complète et en nouant des partenariats stratégiques, la plateforme s’est positionnée comme un acteur crédible du marché des paiements transfrontaliers.
Les résultats sont là : 200 millions de dollars traités en dix-huit mois, des licences dans quatre pays, des demandes en cours dans deux autres. Une traction qui confirme le besoin d’infrastructures de paiement fiables pour les entreprises africaines.
Le chemin reste long. La complexité réglementaire, la concurrence et l’éducation du marché sont autant de défis à relever. Mais Oneremit a posé les fondations. Et dans un secteur où la confiance se construit lentement, c’est déjà beaucoup.
À mesure que le commerce intra-africain se développe, porté par la ZLECAf et l’ambition d’une intégration économique continentale, des acteurs comme Oneremit deviendront indispensables. Ils sont les architectes invisibles d’un marché unique africain, encore en construction.