ThriveAgric : 3,93 millions de dollars pour nourrir la chaîne d’approvisionnement agricole

L’agriculture nigériane regorge d’opportunités. Pourtant, un problème persistant freine son développement : l’accès au financement. Les banques sont frileuses, les taux d’intérêt sont élevés, et les agriculteurs peinent à obtenir les capitaux nécessaires pour acheter des intrants et commercialiser leurs récoltes. ThriveAgric, la start-up agritech soutenue par Y Combinator, a trouvé une solution alternative.

L’entreprise vient de lever 5,3 milliards de nairas (3,93 millions de dollars) dans la première série d’un programme de papier commercial. Cette émission, sursouscrite, marque sa première incursion sur les marchés des capitaux d’emprunt du Nigeria. Le programme pourrait atteindre 50 milliards de nairas (37,09 millions de dollars), offrant ainsi à la start-up une puissance de feu considérable.

Pour Uka Eje, son directeur général, cette levée de fonds valide une approche disciplinée de la gouvernance d’entreprise et de la gestion du capital. Surtout, elle permet à ThriveAgric de financer une partie stratégique de son activité : l’achat de produits aux petits exploitants agricoles et leur vente aux transformateurs alimentaires. Décryptage d’une opération qui pourrait transformer le secteur agricole nigérian.

Le papier commercial, un nouveau canal de financement

Une alternative aux prêts bancaires

Pour la start-up agritech ThriveAgric, le papier commercial représente une bouffée d’oxygène. L’entreprise a longtemps dépendu des prêts bancaires, souvent coûteux et difficiles à obtenir. En accédant au marché des capitaux, elle élargit son bassin de prêteurs aux maisons d’investissement et aux gestionnaires d’actifs.

L’opération, menée sous la supervision d’Anchoria Advisory Services, a attiré une demande institutionnelle supérieure à l’objectif initial de 5 milliards de nairas. Un signe de confiance des investisseurs dans le modèle de ThriveAgric et dans sa capacité à générer des rendements.

Damilola Titiladunayo, directrice générale d’Anchoria, résume l’enjeu : « Notre rôle était de regrouper une entreprise avec une réelle profondeur opérationnelle dans un instrument de marchés de capitaux bancable et bien géré. » Une mission accomplie, au vu du succès de l’émission.

Un financement adapté au cycle agricole

Le papier commercial ne finance pas la production agricole, qui peut prendre neuf à douze mois. Il finance une partie différente de l’activité : le fonds de roulement nécessaire pour acheter les produits aux agriculteurs, agréger les matières premières et les fournir aux acheteurs.

Cette rotation plus rapide rend ce type de dette mieux adapté à l’entreprise. Contrairement aux prêts agricoles classiques, qui bloquent les capitaux pendant des mois, le papier commercial permet à ThriveAgric de réutiliser ses fonds plusieurs fois dans l’année.

Eje l’a souligné : « L’agriculture est évolutive lorsque le financement est attractif, et elle est beaucoup plus durable. » C’est pourquoi l’entreprise a garanti sa dette à un taux « plus propice » au secteur.

Un modèle agricole intégré

Connecter les agriculteurs aux marchés

ThriveAgric a bâti son activité autour d’une idée simple : connecter les petits exploitants agricoles au financement et aux marchés. L’entreprise finance les agriculteurs pour qu’ils produisent des cultures, puis elle aide à relier leurs récoltes aux acheteurs. Un agriculteur qui reçoit un financement pour des intrants peut utiliser une partie de la récolte pour rembourser le prêt et vendre le reste comme excédent.

Le nouveau papier commercial finance cette partie de l’activité, fournissant le capital nécessaire pour acheter les produits aux agriculteurs et les fournir aux transformateurs et aux entreprises de biens de consommation courante (FMCG). Cela donne également aux agriculteurs un marché prêt pour leurs cultures, une lacune qui reste un problème majeur pour de nombreux petits exploitants.

Eje insiste sur ce point : « Le problème initial auquel nous avons toujours été confrontés a été d’accéder au bon capital. Cette étape majeure nous permet d’accéder au capital qui nous aidera à libérer les opportunités du secteur. »

Un réseau d’agents de terrain

ThriveAgric dessert désormais plus de 1,3 million de petits exploitants agricoles dans 26 États nigérians. L’entreprise travaille avec environ 5 000 agents de terrain, issus de communautés agricoles, de coopératives et d’organisations paysannes.

Ces agents sont intégrés via le système d’exploitation agricole (AOS) de ThriveAgric, qui capture des données sur les agriculteurs et leurs activités. La technologie est utilisée tout au long du cycle agricole : intégration des agriculteurs, collecte de données, distribution des intrants, surveillance sur le terrain et gestion des stocks.

Cette couche de données pourrait permettre aux agriculteurs d’accéder au crédit directement auprès des institutions financières du réseau. L’historique des transactions, l’activité agricole et d’autres mesures commerciales fourniraient des données alternatives pour aider les financiers à évaluer les emprunteurs.

Une stratégie de financement lourde en dette

De 56,4 millions de dollars en 2022 à 37 millions aujourd’hui

L’opération actuelle fait suite à un financement par emprunt de 56,4 millions de dollars en 2022. À l’époque, ThriveAgric avait levé ces fonds auprès de banques commerciales locales et d’investisseurs institutionnels, y compris une subvention de co-investissement de 1,75 million de dollars du West Africa Trade & Investment Hub financé par l’USAID.

Le nouveau programme de papier commercial, qui pourrait atteindre 50 milliards de nairas (37,09 millions de dollars), donne à l’entreprise une puissance de feu bien plus importante. Eje a précisé que ThriveAgric prévoit de procéder à d’autres émissions au cours des 12 prochains mois.

Une dette moins chère pour développer l’activité

La dette reste au cœur du modèle de ThriveAgric. L’entreprise a besoin de vastes réserves récurrentes de capitaux pour maintenir l’argent circuler entre les agriculteurs, les achats de matières premières et les acheteurs établis.

Eje a expliqué pourquoi l’entreprise privilégie la dette à l’équité : « Ce n’est pas de l’équité, c’est de la dette pour développer notre activité au Nigeria. Venir sur les marchés financiers donne une opportunité pour une dette moins chère. » Une stratégie qui semble porter ses fruits, au vu de la confiance des investisseurs.

Une expansion panafricaine mesurée

Le Nigeria, cœur de l’activité

ThriveAgric est désormais présent au Nigeria, au Ghana, au Kenya, en Ouganda et au Rwanda. Mais le Nigeria représente encore environ 90 % de son activité. Le nouveau financement n’est d’ailleurs pas destiné à l’expansion géographique, mais à l’approfondissement des opérations dans le pays.

Eje a souligné que l’entreprise voit une marge de manœuvre pour développer l’agrégation, le commerce et le financement au Nigeria. Une priorité qui reflète la taille du marché et les opportunités qu’il offre.

Une expansion facilitée par les parties prenantes

L’expansion de ThriveAgric sur d’autres marchés a été largement facilitée par les parties prenantes. Fournisseurs d’intrants, financiers et partenaires déjà présents au Nigeria ont contribué à faciliter les conversations dans les pays où l’entreprise opère également.

Cette approche, qui s’appuie sur les réseaux existants, permet de réduire les risques et d’accélérer l’entrée sur de nouveaux marchés. Elle témoigne aussi de la solidité des relations que ThriveAgric a tissées avec ses partenaires.

Les défis à relever

La confiance des investisseurs

Le succès de l’émission de papier commercial est un signal positif. Mais ThriveAgric devra maintenir cette confiance dans la durée. Le prochain test consiste à déterminer si cette confiance peut continuer à réduire le coût du capital à mesure que l’entreprise revient sur le marché.

Si la thèse d’Eje est valable, une dette moins chère et mieux structurée pourrait faire plus que financer la croissance de ThriveAgric. Elle pourrait maintenir le flux de financement dans des millions de petites exploitations et, à terme, donner à ces agriculteurs un historique de crédit suffisamment solide pour emprunter directement.

L’agrégation, un problème complexe

Le dernier financement est particulièrement axé sur l’agrégation, un problème auquel ThriveAgric s’attaque depuis des années. Si cela fonctionne comme prévu, cela pourrait créer une boucle de financement vertueuse : les agriculteurs obtiennent des capitaux et une voie plus claire vers le marché, tandis que l’entreprise obtient un approvisionnement plus fiable en matières premières.

Les transformateurs et les entreprises de biens de grande consommation ont à leur tour accès aux matières premières, ce qui renforce chaque partie de l’entreprise. Mais l’agrégation à grande échelle reste un défi logistique et financier considérable.

Conclusion

ThriveAgric franchit une étape décisive dans sa stratégie de financement. En levant 3,93 millions de dollars via un papier commercial, l’entreprise nigériane ouvre un nouveau chapitre de son développement. Ce succès valide son approche disciplinée de la gestion du capital et lui offre la flexibilité financière nécessaire pour étendre ses opérations.

L’objectif à long terme est clair : construire les rails qui connecteront les agriculteurs aux marchés, en passant par le financement, l’agrégation et la commercialisation. Le papier commercial est un outil parmi d’autres, mais il pourrait bien être le plus adapté au rythme de l’agriculture.

Pour les 1,3 million d’agriculteurs que ThriveAgric accompagne, cette levée de fonds est une bonne nouvelle. Elle signifie plus de capitaux, plus de marchés et plus d’opportunités. Une preuve que l’innovation financière peut avoir un impact concret sur le terrain.

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